La chose publique

J’étais en train de regarder un film l’autre jour, quand l’un des protagonistes a envoyé une réplique cinglante à l’autre, laissant entendre que faire de la politique signifiait prendre des décisions difficiles, des décisions qui changent la vie des gens ou qui peuvent la leur ôter. Le message étant que prendre ces décisions n’est pas pour les petites natures, non non, ce fardeau est celui d’une élite qui sacrifie son bien-être et sa tranquillité d’esprit pour que le peuple soit sauvé sans avoir à s’inquiéter de rien.

Flûte, je m’étais juré de garder un ton neutre.

Je me suis laissée convaincre, pendant environ cinq minutes parce que c’était vraiment une chouette histoire. J’ai même eu de la peine pour cette pauvre reine qui perdait le sommeil pour son peuple.

Et ensuite je me suis dit que non, décidément, ça ne peut vraiment pas marcher. Parce que c’est ce qu’un parent fait pour son enfant : prendre les décisions qu’il n’est pas (encore) capable de prendre. Et que les électeurs ne sont pas des gamins mais des adultes qui prennent des décisions difficiles tous les jours. Nous prenons des décisions qui influent sur la vie de ceux que nous aimons et un mauvais choix peut les mener à la mort. Nous sommes tous capables de prendre des décisions difficiles et nous le faisons tous les jours. Alors pourquoi pas lorsque cela concerne cet immense groupe dont nous faisons partie, quartier, communes, états, humanité tout entière ?

Peut-être est-ce une étape dont l’humanité a besoin ? Nous grandissons, nous n’aurons plus besoin de papa-maman un de ces jours. Peut-être, je l’espère, j’y travaille. Poursuivons donc la parabole du patriarche et voyons si l’on peut trouver du bon dans cette vieille politique.

Un bon parent fait tout pour rendre son enfant autonome, pour lui apprendre à prendre ses propres décisions, bonnes ou mauvaises et à assumer les conséquences.

Pour ce qui est d’assumer ses responsabilités, je ne peux pas associer la notion avec celle de politique sans avoir envie de rigoler (jaune) tant les deux idées semblent incompatibles. Il y a de meilleures chances qu’un poisson respire hors de l’eau que de voir un politique assumer ses choix. Après tout, la vie est née dans les océans il y a donc déjà eu un jour, quelque part, un poisson qui a accompli cet exploit, c’est donc possible, ce qui reste à démontrer en ce qui concerne la responsabilité des politiques.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Ne suivez pas mon exemple. Mais croyez moi sur parole, je sais mieux que vous ce qui est bon pour vous et c’est pour ça que vous m’avez élu. Dormez tranquilles braves gens. Et surtout, surtout, ne regardez pas de trop près ce que je fais. Faites moi confiance.

 

Quand à rendre les électeurs autonomes, on en est tellement loin que vous pouvez me traiter de rêveuse rien que pour avoir évoqué l’idée. Il est souvent même impossible de savoir quelle décisions sont prises, sans parler de pourquoi et par qui (le premier qui dit transparence a perdu, il va directement en prison sans recevoir 1000 francs).

Alors oui, on a de la chance de vivre dans cette belle démocratie qu’est la France plutôt que dans une affreuse tyrannie comme la Chine ou pire, bouh ! la Russie ! mais très franchement, chaque élection me donne l’impression d’être à l’école primaire (bagarre de récré en prime time) et d’avoir l’immense honneur de décider lequel parmis les professeurs sera le directeur de l’école pendant quelques années. Ca ne m’empêchera pas de devoir obéir au maître et de rester sagement assise sur ma chaise.

En silence, merci.

Surtout en silence. De toutes façons, s’il y a chahut, nous serons tous punis. Et puis on a tellement de chance d’être dans une si jolie école, nous au moins on a le droit de choisir le directeur.

Dit merci au monsieur et va jouer dans ta chambre.

Alors non, décidément, la politique, du moins celle qu’on est si chanceux d’avoir, ça ne m’intéresse pas. Je m’y intéresserai le jour où mon opinion comptera pour de vrai et pas juste parce que j’aurai choisi quel guignol prend les décisions à ma place.

Une petite voix insistante me dit  » Et qu’est-ce que tu fais pour que ça change ? »
Parfois je me dis que les parents qu’on a intériorisés sont pires que les vrais.
Ce que je fais ? J’écris. Trois fois rien en somme. Je ne suis pas très douée pour bouger ni pour faire bouger. Mais je peux écrire, et peut-être faire réfléchir. Et comme a écrit un auteur que j’admire,

Réfléchir, c’est fléchir deux fois

et peut-être plier la réalité selon un nouveau modèle…

One thought on “La chose publique

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