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Discours sur l’origine de l’univers

D’où vient l’univers ? D’où vient qu’il y a un univers ? Inlassablement la question de l’origine de l’univers se pose à nous. Elle attise notre soif. À l’évidence quelque chose de très profond se joue là. (…) de quoi cette réalité en amont de toutes les autres est-elle constituée ? Cette réalité qu’on n’approche jamais qu’en termes imprécis comme si le langage, cherchant à l’atteindre, se dispersait immanquablement et ratait sa cible.

nébuleuse2Commençons par émettre l’hypothèse – saine lorsqu’on entreprend l’écriture d’un livre – que les mots ont un sens bien défini. Dans ce cas, prendre la question de l’origine au sérieux, saisir le mot « origine » dans son sens le plus radical, ne consiste pas seulement à tenter de décrire les phases les plus anciennes de notre univers : c’est d’abord s’interroger sur le passage de l’absence de toute chose – le néant – à la présence d’au moins une chose (ou d’au moins un être) ; c’est donc affronter d’emblée le mystère du néant et de ses métamorphoses possibles : comment le néant a-t-il pu cesser d’être le néant ? En d’autre termes, penser le commencement du monde revient rigoureusement à penser son absence, et à penser comment son absence a pu se transmuter en présence : par quelle sorte de conversion ce qui n’est rien peut-il devenir un monde ? (…)

Tout se passe en somme comme si nous ne parvenions à penser l’absence de toute chose que par la représentation de quelque chose. (…) Dans notre esprit, abolition signifie d’abord substitution : l’absence devient présence, le non-être s’habille d’être.

Tel est le paradoxe du néant, qui imprime un tour à notre réflexion : penser le rien n’est pas penser à rien ; en affirmant son existence, on le substantifie et, ce faisant, on extirpe le néant de son statut de néant.

Étienne Klein

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