La foule

Elle était perdue dans la foule.
Être perdue, elle en avait l’habitude et cela ne l’effrayait pas. Elle savait pouvoir retrouver son chemin. C’était ce monstre aux mille visages qui l’oppressait, l’étouffait. Un remous dans le flot l’aurait écrasée, anéantie comme rien.

Elle restai prudemment sur le bord, longeant les larges rues de l’exposition sans se mêler aux badauds, attentive même à ne se laisser frôler par personne. Les larges étals colorés la fascinaient. De nombreux artisans venus du monde entier s’étaient rassemblés là avec leurs articles inconnus. Malgré le ciel gris les couleurs lui paraissaient plus vives et les odeurs la déroutaient.
– Ariane !
Son père la cherchait. Sa voix avait une pointe d’impatience qu’elle avait appris à reconnaître : il l’avait déjà appelée et elle ne l’avait pas entendu.
Elle se dirigea vers sa voix en aveugle. Elle aperçut bientôt sa silhouette. Il se tenait au milieu de la ruelle, forçant les gens à le contourner, et grognait en regardant de tous côtés pour tenter de l’apercevoir.
Elle prit une grande inspiration, rassemblait son courage et entreprit d’écarter ceux qui la séparaient de son père. Elle fut bousculée, injuriée, écrasée, puis un dernier remous la jeta
près de lui.
– Où étais-tu encore fourrée ? On te cherche partout. Allez viens, il y a un spectacle. Ca va te plaire, tu verras.
Elle ne devait pas avoir l’air très enthousiaste car il lui pressa l’épaule et ajouta « Allez, viens vite ». Elle se dégagea de son étreinte et le suivit lentement, traînant des pieds autant que possible.

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